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Du Mythe de la Mante Religieuse


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3 réponses à ce sujet

#1 OFFLINE   Napta

Napta

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Posté 17 avril 2008 - 20:14

Pour le plaisir... un petit texte que j'avais écrit il y a quelques années, quand j'avais encore cette naiveté et cette passion nécessaire pour faire ses propres découvertes... J'étais encore, et je le suis encore un peu, j'espère, une graine de fou.
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Du mythe de la Mante Religieuse

Dans l’antiquité, il était de notoriété publique que les mouches naissaient spontanément des cadavres. Il fallut sans aucun doute bien du temps aux entomologistes éclairés pour faire accepter à la populace la possibilité d’un rapport direct entre les petits vers grouillants dans la viande et les mouches bourdonnantes tout autour.

De même, la fameuse Mante Religieuse qui décapite sans remord son partenaire sexuel afin d’en optimiser les « compétences » est l’un des mythes entomologique préféré de ces derniers siècles.

Le très célèbre entomologiste français Jean-Henri Fabre, pionné des ouvrages vulgarisés sur les insectes, répandit de part sa notoriété mondiale si bien cette idée qu’il n’existe que très peu de documentaires animaliers traitant des insectes qui n’y fasse référence.
Et pourtant ce cher Monsieur Fabre, contrairement aux scarabées (auxquels il consacre de nombreux livres par ailleurs excellents), n’a vraisemblablement jamais lui-même élevé de mantes religieuses, se contentant de reprendre des idées déjà « acquises » dans le milieu et de quelques observations dans la nature. (Oui oui j’extrapole peut être…)

Tout petit déjà, sachant que les mantes religieuses étant physiologiquement identiques dans tous les pays, je commençais sérieusement à me poser la question du bien fondée de cette assertion lorsqu’avec la cruauté typique des enfants j’observais quelques accouplements dans mon jardin, attendant le terrible dénouement… attendant… Et hum, ne voyant toujours rien venir… et le mâle s’en repartant la plupart du temps après avoir fini sa petite affaire sans avoir été inquiété. Je vis bien sûr quelques meurtres de mâles par femelles, mais celles-ci n’avaient pas forcément commencé par la tête et j’avais trouvé, pour ma par,t le mâle particulièrement maladroit (et rarement ayant réussit à s’accoupler).

Pour en avoir le cœur net, j’élevais quelques mantes religieuses dans des boites en carton.
J’en trouvais de toutes tailles, de leur première mue à l’âge adulte.
J’en mis un certain nombre en compagnie d’un nombre conséquent de proies dans une même boite. Quelle que soit la taille ou le sexe de l’insecte, il attaqua indifféremment toute proie ou congénère inférieure à sa propre taille.
Par contre, deux mâles et deux femelles de même taille cohabitèrent en parfaite harmonie tout un été dans une autre boite.
Donc : insecte plus petit à porter de pattes égale proie.
Hors il faut savoir qu’à l’âge adulte (imago), les mâles sont généralement plus petits et plus minces que les femelles.
La mante religieuse ne fait pas dans le sentiment, mâle ou pas, s’il est plus petit c’est une proie. Ce fut ma première conclusion.

Il existait sur un manuel de biologie de seconde, lorsque j’étais au lycée, une photo montrant une mante religieuse, les pattes ravisseuses écartées, mettant bien en évidence ses « yeux » (deux taches brunes ou noires sur fond plus clair à l’intérieur des pattes), demi-ouverte, les ailes en partie déployée. Le professeur nous demanda de l’étudier et d’en tirer nos conclusions. Je fus effaré de voir que la plupart de mes copains de classe, et le professeur lui même, pensaient qu’elle se préparait à attaquer. Elle était impressionnante, faisait peur ! Donc elle allait attaquer ! Courage ! Fuyons !
Et bien oui, c’était bien le but recherché, et manifestement cela marchait aussi sur les humains !
En effet, la mante religieuse chassant à l’affût, pour l’attaque elle a tout intérêt à rester discrète, à se fondre dans le paysage et ne bouger ses pattes ravisseuses qu’au dernier moment, si rapidement que sa proie n’a pas le temps de la voir et fuir.
Pourquoi alors celle-ci écarterait-elle ses ailes et ses pattes, se faisant plus grosse et largement plus visible, montrant ses « yeux » habituellement cachés comme deux violents signaux visuels ?
Très probablement parce que le mouvement de l’appareil photo a été assimilé à un prédateur qu’il fallait impressionner pour avoir le temps de fuir.
Je fus le seul de la classe à penser cela. Cela ne me découragea pas pour autant. Au contraire, re-motivé, je relus le texte de J.H. Fabre et repris mes observations.

Bon, le second point qui me chagrinait c’était : Pourquoi la tête ? Puisque j’étais déjà persuadé que ce n’était pas parce qu’il s’agissait d’un mâle vu que bien souvent aussi les proies étaient commencées par la tête.
Alors j’étudiais plus précisément sa façon de chasser.

La miss chasse à l’affût. Elle se planque plus ou moins dans un endroit de même fond coloré qu’elle et guette, immobile et dressée, sa proie. Elle est en position de « prière » avec ses pattes ravisseuses refermées et jointes, c’est ce qui lui a valu son nom.
C’est au mouvement qu’elle repère son dîner. Dés qu’elle l’a repéré, elle le suit du regard, tournant la tête pour l’avoir exactement en face d’elle, l’évaluant. Si la proie est de la bonne taille, la mante peut se repositionner par rapport à elle d’un mouvement lent et légèrement saccadé. Si par contre elle est trop grosse, la mante restera bien sagement immobile en espérant qu’on ne la verra pas. Si elle est d’une taille légèrement supérieure à elle, elle tentera de s’en éloigner discrètement. Si par contre elle se sent menacée physiquement, quelque soit la taille, elle essayera d’impressionner brusquement, comme décrit plus haut, puis tentera de fuir rapidement en mouvements désordonnés (si c’est un adulte, elle tentera de s’envoler).
Dans mes observations, les proies disponibles étaient la plupart du temps des criquets. C’est au moment où ils vont sauter que la mante attaque. Pour se préparer à sauter, les criquets resserrent leurs pattes sauteuses alors que pour marcher elles sont légèrement écartées. C’est peut-être ce petit mouvement qui sert de signal à la mante. Les pattes ravisseuses se détendent alors à une vitesse foudroyante et l’insecte proie est saisi en pleine action. Et comme tout mouvement correctement anticipé dans le sens de la marche, qu’est-ce qui se trouve à l’avant ? Banco ! La tête !
Si la mante à bien saisie sa proie sans la rater, logiquement elle la tient par la tête et le thorax (le sens du mouvement). C’est donc la nuque qui se trouve entre les pattes ravisseuses.
Lorsque vous tenez un sandwich à la main, il ne vous viendrait pas à l’idée de vous tordre le poignet pour le commencer par le bas, non ?

Pour en revenir à notre fameux mâle maladroit.
Monsieur sait qu’il a affaire une femelle. Madame ne sait pas qu’elle a affaire à un mâle. (une histoire de phéromones ?)
Pour voir une proie, celle-ci doit se trouver dans son champ visuel. Hors Madame ne voit que devant elle, c’est pourquoi elle doit la suivre du regard en tournant toujours sa tête dans sa direction.
En me mettant derrière elles, j’ai taquiné avec des brins d’herbe plusieurs fois des mantes en leur caressant le dos sans qu’elles bougent. Elles ne commençaient à fuir que lorsqu’elles détectaient la grosse masse de ma main tenant la brindille.
Pour ne pas être vu, Monsieur doit donc simplement l’aborder par derrière.
Madame sait bien que quelqu’un est là, mais ne sachant pas à quoi elle a affaire, elle reste immobile.
Donc Monsieur vient par derrière, monte sur le dos, fait sa petite affaire, puis repart tranquillement par derrière. … No soucis.
Si par contre Monsieur est superbement maladroit : il glisse du dos, a des mouvements désordonnés pour tenter de se rattraper, rentre dans le champs visuel de sa dame… Arf ! il est plus petit ! La tête se trouve à porter de pattes ! Exit le don juan.

Conclusion :
Les Mandragores poussaient aux pieds des gibets, paraît-il, nées de la semence des pendus. Il est vrai que le système sanguin n’étant pas si bien connu à l’époque des gibets, les effets d’une strangulation chez l’homme sur ses parties génitales avaient de quoi impressionner et entretenir quelques mythes.
Ainsi, si je ne peux certifier que la décapitation du mâle n’entraîne pas une accélération de l’activité sexuelle, n’étant pas moi-même suffisamment calé en anatomie pour comparer celle de l’homme et de l’insecte, je peux au moins dire que ce n’est pas LA raison principale de madame Mante Religieuse, tout au plus un heureux effet secondaire.

Epilogue :
Quelques années après mes observations, je travaillais à l’entretient des classes dans une école primaire. Par hasard je tombais sur un petit fascicule édité par une autre école primaire. N’ayant pas pu l’emprunter, je ne saurais vous dire en détail ce qui était écrit, mais en gros cela rapportait les résultats d’expérience d’une classe de cm2 sur l’observation et l’élevage de mantes religieuses. La lecture de ce livret me mit de bonne humeur pour un sacré bout de temps. Non seulement ces enfants confirmaient mes propres observations mais rajoutaient quelques petites piques à l’intention de Monsieur Fabre. Celui-ci avait soutenu également qu’il était extrêmement rare sinon impossible de pouvoir voir pondre une mante religieuse ; la ponte se faisant de nuit et sans public. Hors non seulement plusieurs femelles firent cet honneur aux enfants en plein jour devant toute la classe… mais de ces accouplements et pontes heureuses naquirent plus de 700 petites mantes religieuses. (leurs papas étant morts de vieillesse… lol)


Hommage à Tigre :
Ma mante religieuse préférée ; mon tigre de jardin.
Je la ramassais en pleine ville. Bébé et n’étant pas dans un environnement naturellement coloré de vert ou de brun, elle était blanche. Je la gardais dans une boite à poupée bleue, et du fait de cette couleur non plus naturelle, elle ne devint au fil des mues ni verte ni brune mais rose. Comme je la nourrissais extrêmement bien, son abdomen éclata en vergetures bleues et violettes. Elle était magnifique. Elle me connaissait et acceptait que je la caresse du bout de l’ongle sur le dessus de la tête sans s’inquiéter. Je pouvais même la prendre et la garder dans la main sans qu’elle tente de fuir.
Ne lui ayant jamais donné de mâle, elle constitua son oothèque (le cocon brun et fibreux qui accueille les œufs) mais rien n’en naquit.
Ma Tigre décéda droite et debout sur ses pattes un 1er décembre. Elle avait vécue plus de deux mois de plus que ces consœurs.
Elle se dessécha tranquillement, perdant une patte parfois avec l’âge, jusqu’au jour où je la perdis dans un déménagement.
Jusqu’au bout elle conserva sa couleur rose et ses vergetures violettes sur son abdomen racorni.
Tigre, ma mante religieuse rose.

Graine de Fou
23/02/03

#2 OFFLINE   Vaîva

Vaîva

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Posté 25 avril 2008 - 07:51

petit texte tres interessant et plaisant à lire...
mais de la a croire qu'une mante religieuse avait ton affection... C'est beau de réver... Peut etre que ma petite Kali m'aime???lol
la femme est le chef d'oeuvre de Dieu surtout lorsqu'elle à le Diable au corps....à méditer

#3 OFFLINE   Napta

Napta

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Posté 28 avril 2008 - 14:59

Peut être était elle capable de reconnaître mon odeur, je ne sais pas :) Ce qui est certain c'est qu'elle n'avait pas du tout la même réaction quand quelqu'un d'autre essayait de la prendre en main.
Ou peut être ne voyais je que ce que je voulais voir... bah vi, j'aime rêver. :D

Napta

#4 OFFLINE   Vaîva

Vaîva

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Posté 28 avril 2008 - 18:19

peut etre.... moi je suis tres decus ma kali viens de mourir elle a loupée son avant derniere mue... une patte raviseuse n'a pas muer et l'autre ne fonctionnait qu'une fois sur 10.... deprime :cry:
la femme est le chef d'oeuvre de Dieu surtout lorsqu'elle à le Diable au corps....à méditer




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